Favoriser la conservation des populations de tortues marines

Favoriser la conservation des populations de tortues marines

Favoriser la conservation des populations de tortues marines

Réunion des écovolontaires - Meeting of eco-volunteers
Réunion des écovolontaires - Meeting of eco-volunteers

Les écovolontaires se sont mobilisés cette année et ne sont pas moins d’une cinquantaine à patrouiller régulièrement sur les plages afin de relever les traces de tortues marines venues pondre. Trois signalements ont déjà été enregistrés depuis la mi-juin. Une première réunion d’information avait eu lieu le 19 avril au restaurant l’Étage, à Hope Estate, et une seconde s’est tenue le 21 juin. Pour Julien Chalifour, en charge du Pôle scientifique de la Réserve, le retour de ces activités, malgré les stigmates d’Irma et les récents échouages de sargasses, est très encourageant, mais rappelle l’importance du maintien de la qualité et de la tranquillité des abords des sites de ponte.

Tortue tuée par un engin nautique
Tortue tuée par un engin nautique

Sept tortues marines sont mortes depuis le 1er janvier, majoritairement des suites d’une collision avec un bateau ou un jet ski. Et ce chiffre ne concerne que les tortues retrouvées près du rivage et signalées à la Réserve naturelle. Combien d’autres également victimes en haute mer d’une collision sont passées inaperçues? Rappelons qu’il faut 25 ans à une tortue avant de pouvoir se reproduire et que seule une tortue sur mille atteint cet âge. Et ces accidents touchent bien sûr autant les individus matures que les juvéniles n’ayant pas eu l’occasion de se reproduire.

Trace d’une tortue venue pondre – Traces of a turtle to lay its eggs
Trace d’une tortue venue pondre – Traces of a turtle to lay its eggs

Malgré une année chargée pour chacun dans un contexte de reconstruction, le suivi de la saison de ponte des tortues marines s’est une nouvelle fois déroulée, de mars à novembre 2018. L’équipe d’écovolontaires bénévoles chargés d’arpenter les plages dans l’espoir de relever les traces d’une tortue venue pondre s’est réduite à une petite trentaine en 2018. Aucune trace n’avait été relevée au début du mois de juin, mais il n’y avait rien d’alarmant. En effet, à l’heure du bilan, ce ne sont pas moins de 104 traces qui ont été enregistrées pour 288 patrouilles réalisées. Ce n’est donc pas pour autant que les tortues ont été moins présentes sur nos plages en 2018. Il apparait cependant prépondérant de prendre soin de ces individus, dans un contexte où la majorité des pontes survenues en 2017 ont été détruites lors du passage d’Irma et où un certain nombre de chantiers impactent actuellement nos sites de pontes. La reconstruction de Saint Martin devra donc également prendre en considération la remise en état de sites de ponte.

Julien Chalifour, qui anime le réseau tortues à Saint-Martin, a participé du 12 au 16 novembre 2018 au 3ème colloque du “Groupe tortues marines de France”, à l’Aquarium de La Rochelle. Une centaine d’experts venus de France métropolitaine, de l’Océan Atlantique, de l’Océan Pacifique, de la mer des Caraïbes et de l’Océan Indien ont partagé leurs expériences respectives en termes de conservation et de suivi des tortues marines, ainsi que de leurs échouages. Cette rencontre a été l’occasion pour Julien Chalifour d’échanger sur les sujets où Saint-Martin est en demande, et notamment l’absence de centre de soins pour accueillir les tortues en détresse ou malades, contrairement à La Réunion ou la Polynésie, dotées de structures conséquentes et financièrement autonomes. Une autre problématique a concerné le “turtle watching” - l’observation des tortues en randonnées sous-marines - qui peut déranger ces reptiles protégés et éventuellement les faire fuir, mais aussi favoriser la recrudescence de maladies. La question des accidents provoqués par les bateaux et les jets skis sur les zones où ils sont autorisés a également été abordée. Cette tribune a été une belle occasion de mutualiser les expériences et de renforcer les connaissances de chacun.

Saviez-vous que les tortues luths, ainsi que certaines tortues vertes et tortues imbriquées, font le tour de l’Atlantique, en suivant les courants? Leur vitesse peut atteindre 35 km/ heure. Ces grands voyageurs parcourent ainsi des milliers de kilomètres dans leur vie, afin de rallier leur zone de reproduction distante de celle d’alimentation.

Le 25 janvier, la Réserve naturelle a été auditionnée par la gendarmerie, qui a sollicité son expertise dans le cadre de plusieurs procédures en cours impliquant des travaux sur certaines plages, notamment aux Terres Basses, afin d’estimer les dommages que ces travaux ont pu occasionner aux sites de ponte des tortues marines. En effet, le contexte de la reconstruction post-Irma a parfois incité les propriétaires de parcelles en bord de mer à ériger des murs le long du rivage, sans tenir compte qu’ils mettaient ainsi en péril la reproduction des tortues marines en détruisant leur habitat naturel, les tortues nichant en haut des plages. L’ensemble des tortues marines et leurs habitats essentiels d’alimentation et de reproduction étant protégés, les contrevenants s’exposent à des poursuites qui peuvent entraîner la saisie des matériels et engins ayant servi à commettre l’infraction.

An injured turtle was spotted on February 19 in the bay of Marigot—where boat speeds are limited to three knots—by the personnel of Marina Fort Louis and Tradewind Charters, who immediately informed the Réserve Naturelle. The agents recovered the young green sea turtle, which was still alive, but signs of a violent impact with a boat propeller could be seen on its shell. An examination by a veterinarian showed that the spinal column of the animal had been ruptured. The turtle was paralyzed on the rear half of it body, thus unable to swim or reproduce. The only chance for survival would have been in an artificial basin of water for a long convalescence with uncertain results, but lacking a center for such treatment of marine animals in Saint Martin, the turtle was euthanized. This is the sixth known victim of collisions with boats since the 1st of January. Knowing that only one turtle in every thousand has a chance to reach adulthood, 20 to 25 years after it is hatched, it is essential to reduce the speed of all boats, as well as jet skis, especially near the shore and near underwater plant beds that serve as alimentation zones for sea turtles. Collisions with motorized vehicles and poachers are the two prime causes of mortality for sea turtles in Saint Martin.

Tortue verte - Green Turtle © Julien Chalifour
Tortue verte - Green Turtle © Julien Chalifour

Dans la nuit du 31 août, vers 23 heures, sur la plage de baie Longue, une quarantaine d’écovolontaires du suivi tortues marines ont pu observer une tortue verte, en pleine activité de ponte. Pendant une heure et demie, l’animal a multiplié les essais, mais est finalement reparti vers la mer sans avoir pondu. Elle est revenue un peu plus tard, mais ce nouvel essai s’est également soldé par un échec, le nid s’effondrant sur lui-même au fur et à mesure que la tortue creusait. Selon Julien Chalifour, ces tentatives infructueuses semblent être liées à la nature trop meuble du sable, remué par Irma et les épisodes de houle successifs au cyclone. Cet épisode démontre à nouveau l’importance d’éviter de perturber les activités de ponte, mais également de préserver la nature des sites de ponte : végétation, aménagement, compaction du sable, éclairage...

Bon à savoir
Une tortue marine prête à pondre dispose d’environ trois jours pour arriver à ses fins. Après ce délai et dans la mesure où elle est capable de pondre plusieurs fois dans une même saison, elle est contrainte de larguer ses oeufs en mer afin de laisser de la place aux prochains déjà en formation. Les tortues marines ne pondent que tous les deux ou trois ans, mais sont capables de nicher de 3 à 8 fois au cours de la même saison, enterrant ainsi de 60 à 120 oeufs à chaque fois. Mais seule une tortue sur 1000 a la chance d’atteindre l’âge adulte, 20 à 25 ans après son éclosion. Les autres, souvent la proie de prédateurs, peuvent également être victimes d’accidents, de chocs, de pollutions, d’engins de pêche ou de braconnage.
Sans commentaire - No comment
Sans commentaire - No comment

Les activités de construction et de reconstruction à Saint-Martin connaissent une nouvelle dynamique ces 5 derniers mois, et c’est tout à fait légitimement que chacun s’affaire à remettre en état son logement ou son entreprise. Les écosystèmes naturels qui eux aussi ont été impactés par les aléas climatiques peinent à se remettre. Aussi est-il important d’éviter de les dégrader davantage. Au-delà du bon sens, il s’agit aussi de respecter la réglementation et de prendre conseil auprès des services concernés en charge de la compétence de l’environnement, à savoir l’UT DEAL Saint-Barthélemy et Saint-Martin en préfecture. C’est ce qu’aurait dû faire le propriétaire d’une villa aux Terres-Basses avant d’entreprendre les travaux de remise en état d’un mur en bord de plage. Ces travaux ont amené l’entrepreneur à réaliser une cavité de plus de 3 mètres de profondeur sur une plage répertoriée et identifiée comme un site de ponte de tortues marines. En France - et donc à Saint-Martin - les tortues marines, certaines espèces d’oiseaux et certains végétaux sont protégés, ainsi que les habitats qui les abritent. La destruction de sites d’intérêt géologique, d’habitats naturels, d’espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats constitue dès lors un délit, prévu par le code de l’environnement. Le responsable encourt une peine maximum de deux ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende. Cette réglementation s’applique ainsi à tous les milieux naturels, marin, terrestre et lacustre de Saint-Martin.

Une tortue imbriquée en ponte - Hawksbill turtle laying her eggs
Une tortue imbriquée en ponte - Hawksbill turtle laying her eggs

La saison de ponte 2018 des tortues marines a commencé et se poursuivra jusqu’en novembre. L’équipe d’écovolontaires bénévoles chargés d’arpenter les plages dans l’espoir de relever les traces d’une tortue venue pondre s’est réduite à une petite trentaine cette année. Aucune trace n’avait été relevée au début du mois de juin, mais rien d’alarmant. En effet, à cette heure, ce n’est pas moins de 6 traces enregistrées pour les plages de Tintamarre, soit l’exacte équivalant de l’activité de ponte enregistrée à la même époque en 2017. Julien Chalifour, en charge du Pôle scientifique de la Réserve, attend la fin de la saison pour se prononcer sur les éventuelles conséquences de la perturbation des plages par le cyclone, ainsi que des conditions climatiques inhabituelles, sur la ponte des tortues.

Devenez écovolontaire en participant au suivi scientifique des pontes de tortues marines? Il suffit que vous soyez disponible une fois par semaine ou une fois par mois, selon vos disponibilités, et la Réserve assurera votre formation.

Contacter pour cela science@rnsm.org.

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