Journal-30

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Journal-30

informational sign after Irma
L’observatoire aux Oiseaux de l’étang de Chevrise et un panneau cycloné par Irma

Saint-Martin se préparait à célébrer les 20 ans de sa réserve naturelle et n’avait pas invité Irma à se joindre aux festivités.
En quelques heures, les vents de près de 360 km/h de ce cyclone sans précédent ont réduit à néant les fruits de 20 ans de travail.
Pour notre patrimoine naturel, les dégâts sont considérables. Les mangroves ont été anéanties.
 

Les fonds marins et notamment les coraux, qui souffraient déjà des effets du changement climatique, ont été ruinés. Une multitude de déchets, emportés par les éléments, pollue l’ensemble des espaces protégés du littoral et des étangs.

L’étang de la Barrière à Cul-de-Sac -The pond in Cul de Sac

Les aménagements mis en place ces dernières années n’existent plus ou sont très endommagés :

  • l’observatoire des baleines au Galion,
  • 4 observatoires aux oiseaux, 2 sentiers dans la mangrove,
  • des dizaines de panneaux informatifs,
  • 5 carbets, 8 bouées de délimitation,
  • une trentaine de bouées de mouillage,
  • un radeau de nidification,
  • un sentier sous-marin,
  • un embarcadère,
  • des pépinières de coraux,
  • des habitats artificiels sous-marin,
  • des chantiers de reboisement du littoral...

Le ponton à Pinel - The pier in Pinel © Manu Demanez

Un carbet à Coralita - A shelter on Coralita

La maison de la Réserve naturelle à Anse MarcelLa Maison de la réserve, à Anse Marcel, a été inondée et deux véhicules, heureusement assurés, sont hors d’usage.
Il n’existe malheureusement pas d’assurance pour les espaces naturels et les dégâts sont estimés à près de 850 000 euros pour les seuls aménagements.
Plus de la moitié du budget de la réserve repose sur sa capacité à s’autofinancer à hauteur de 470 000 euros par an, grâce aux activités économiques et écotouristiques autorisées à travailler sur ses plus beaux sites.

Il est clair que la fréquentation touristique sera inexistante fin 2017 et quasiment nulle en 2018.

Cet autofinancement sera réduit à néant, alors que la réserve a besoin plus que jamais de fonds pour réhabiliter son patrimoine mis à mal.
L’île de Tintamare, l’Ilet Pinel, le Rocher Créole, la baie du Galion, Petites Cayes et Wilderness étaient les joyaux naturels de Saint-Martin et de sa réserve naturelle, les derniers espaces protégés de la partie française, chers à la population de l’île et à ses visiteurs.

La dégradation de ce patrimoine naturel a ainsi de lourdes conséquences sur l’écotourisme, les activités nautiques et l’activité économique en général.

L’entrée du chemin des Froussards à Anse Marcel

L’observatoire aux Oiseaux de l’étang de Chevrise

L’observatoire aux oiseaux à Cul-de-Sac - Impossible. The bird observatory in Cul de Sac L’étang de l’Anse Marcel - The Anse Marcel pond La plage du Galion - Galion beach

 

Pour autant nous ne baissons pas les bras.

Il s’agît désormais de nettoyer les espaces terrestres, marins et lacustres.
Les aménagements, l’ensemble des équipements détruits ou endommagés ainsi que les espaces d’accueil du public seront remis en place grâce au soutien financier du Conservatoire du littoral.

Nous y travaillons déjà.

Dans le même temps nous proposerons dès cette semaine grâce au soutien financier de l’Agence française de la biodiversité des actions innovantes de reconquête de la biodiversité et de restauration écologique en mer, à terre et pour les espaces lacustres.

Seul et sans moyens, la tâche serait colossale… L’observatoire aux oiseaux à Cul-de-Sac

- Impossible.

Les dégradations et les destructions ont été violentes lors du passage d’Irma pour les biens des personnes et la population de Saint-Martin.
Pour la biodiversité de l’île, le pire est à venir pour de nombreuses espèces si nous n’intervenons pas dans les meilleurs délais pour restaurer les habitats naturels :

  • la végétation du littoral essentielle pour les tortues marines pendant la saison de ponte
  • les mangroves et les espaces lacustres,
  • nurseries pour les espèces marines et site de repos et de nourrissage pour plus de 50 espèces d’oiseaux dont certaines en voie d’extinction
  • les habitats marins notamment les coraux et les herbiers indispensable à la vie marine dans notre région.
Aussi, en complément de ces soutiens nous avons organisé un appel aux dons
par l’intermédiaire du site gofundme
https://www.gofundme.com/reserve-naturelle-stmartin-vs-irma
Afin de compléter ces aides.

Pour finir, nous étions à la veille de déposer l’autorisation du permis de construire de l’Institut Caribéen de la biodiversité insulaire.

Aujourd’hui, les préoccupations de tout à chacun vont à l’urgence et aux rétablissements de notre mode de vie.
Pour autant, nous continuons sans relâche de promouvoir la réalisation de l’Institut qui apparaît aujourd’hui comme le symbole de la reconstruction de Saint-Martin qui se doit d’être exemplaire, innovante et respectueuse des spécificités géologiques, géographiques et climatiques de notre région.
L’Institut caribéen de la biodiversité insulaire de Saint-Martin est plus que jamais d’actualité après les dégâts causés par les passages d’Irma et de Maria, au regard des thématiques qu’il se propose de développer en matière de lutte contre les effets du changement climatique, de reconquête de la biodiversité, de recherches scientifiques, de préconisations en matière d’urbanisme, de développement et d’aménagement du territoire, de stratégie touristique…

Il y a un avant Irma et il y aura un après Irma. Notre avenir, celui de Saint-Martin et de sa population dépend désormais de nos choix.

Mes plus vifs et chaleureux remerciements vont à l’Agence française de la biodiversité, au Conservatoire du littoral, au ministère de l’Écologie, à Réserves naturelles de France, à tous nos soutiens et nos autres partenaires.

Nicolas Maslach,
Directeur de la Réserve naturelle de Saint-Martin

IRMA

La baie de Cul-de-Sac - Avant
La baie de Cul-de-Sac - Avant

Pour la Réserve naturelle de Saint-Martin, Irma représente un événement particulier dont l’impact sur la faune et la flore reste à évaluer, maintenant et dans le futur.

Si la mangrove et les fonds marins ont été de toute évidence mis à mal, de nombreuses questions restent posées.

Quid des gaïacs à Tintamare ? Du scinque, ce petit lézard récemment redécouvert sur l’îlot Tintamare alors qu’on le croyait disparu ?

Des tortues marines dont c’était le pic d’activité de la saison de ponte, de l’avifaune ?

Galion : la plage et l’étang - Avant / Après - Galion : the beach and the pond - Before / After

La baie de Cul-de-Sac - Avant / Après - Cul de Sac bay - Before / After

L’étang du cimetière à Grand-Case - The cementery pond in Grand Case
L’étang du cimetière à Grand-Case - The cementery pond in Grand Case

Là où elle était encore présente et en bonne santé, la mangrove a joué son rôle de seconde ligne de protection contre la houle cyclonique, derrière les récifs coralliens, souvent dégradée hélas.

En atténuant l’énergie de la mer, cette forêt littorale d’arrière-plage a énormément souffert. Elle a été cassée, défoliée, ensevelie et abrasée par le sable transporté par la houle, et recouverte par les débris, laissés au retrait de la mer ou apportés par le vent.

Le point positif est que ces milieux très dynamiques sont habitués au stress - qu’il ait pour origine le vent, la houle ou l’homme - et que la mangrove va récupérer avec le temps, pourvu qu’on la respecte et qu’on favorise sa reconstitution.

L’action principale va consister à évacuer les débris de toutes tailles. Ce travail colossal va s’étendre sur une longue période, tant les débris sont nombreux et divers.

La bonne nouvelle est que les graines de palétuviers sont flottantes et qu’elles vont recoloniser les espaces dégradés.

Adapté à des milieux stressants et instables, le palétuvier a heureusement développé des mécanismes de résistance, telles ses racines renforcées, sa capacité d’utiliser l’eau salée ou la dissémination de ses graines flottantes au gré du courant.

L’étang du cimetière à Grand-Case - Avant / Après - The cementery pond in Grand Case - Before / After

Oiseaux dans la mangrove, avant Irma - Birds in the mangrove, before Irma
Oiseaux dans la mangrove, avant Irma - Birds in the mangrove, before Irma

Où sont passés les oiseaux ?

Hormis les sucriers, que l’on voit partout et parfois aux côtés d’un colibri, les pélicans, les aigrettes, les frégates et autres espèces de plus grande taille sont rares.

On observe çà et là de petits groupes d’individus composés de diverses espèces. La Réserve naturelle espère que les oiseaux se sont déplacés avant le passage d’Irma et qu’ils reviendront prochainement.

De nombreuses espèces présentes à Saint-Martin sont migratrices - comme le noddi brun, qui normalement n’était plus à Tintamare début septembre - et les longues distances ne leur font pas peur.

Nous devrions revoir un grand nombre d’espèces au cours des mois à venir.

Oiseaux dans la mangrove, avant Irma - La mangrove à Cul-de-Sac, après Irma

This coral nursery has been destroyed
Cette pépinière de coraux a disparu - This coral nursery has been destroyed

À l’heure où nous bouclons ce journal, l’interdiction de naviguer est toujours en vigueur et l’équipe de la Réserve n’a pas encore pu plonger pour constater les effets du cyclone sur le milieu sousmarin.

Ce qui est certain, c’est que ce milieu a directement souffert du passage d’Irma, du fait de l’intensité de la houle et des sédiments mis en suspension. Parmi les atteintes attendues, on peut citer l’arrachement des herbiers, en raison du déplacement d’une grande quantité de sable et de vase, et un sablage des zones rocheuses et récifales
Le suivi annuel des fonds marins était programmé juste après le passage d’Irma et aura lieu dès que la visibilité dans l’eau, actuellement restreinte en raison de la charge en sédiments, le permettra.
Le pôle scientifique sait déjà que les valeurs obtenues auront un caractère inédit et que le faciès de l’ensemble des sites aura été perturbé : déplacement des espèces et des individus mobiles - poissons, crustacés, coquillages - ainsi que la mortalité et la fragmentation de la faune fixée - éponges et coraux. Cette fragmentation, reprise artificiellement pour la création de pépinières, n’est pas forcément négative et peut donner lieu à la création de colonies saines d’ici à quelques années.

Une autre conséquence éventuellement positive réside dans le fait que la houle et le sablage ont réduit la surface occupée par les algues compétitrices des coraux, qui en revanche risquent de souffrir de la température actuellement élevée de l’eau de mer. Dans un milieu à environ 29°C, les coraux risquent d’expulser la micro algue zooxanthèle qui les nourrit, et ainsi perdre leur principale source d’alimentation, se traduisant par un phénomène de blanchissement massif.
La question de la présence de déchets de toutes sortes reste elle aussi en suspens pour le moment et une mission est en cours d’élaboration début novembre pour en évaluer les quantités et étudier les moyens disponibles pour en débarrasser les fonds marins.

Cette pépinière de coraux a disparu - This coral nursery has been destroyed

Irma a provoqué un déplacement massif de sable, qui a modifié l’aspect des plages, la courantologie et le fonctionnement de certains étangs et lagunes
. Mais l’expérience nous a enseigné que l’aspect des plages devrait revenir à la normale, petit à petit.
Un diagnostic des sites de pontes des tortues marines de Saint-Martin sera réalisé, afin de caractériser ces évolutions par comparaison avec les données antérieures.

La plage de la baie Orientale - Avant - Orient Bay beach - Before

La plage de la baie Orientale - Après - Orient Bay beach - After

Déchets près de Club Orient - Debris next to Club Orient
Déchets près de Club Orient - Debris next to Club Orient

Au delà de l’aspect environnemental, l’aspect sécuritaire est essentiel dans la collecte et l’évacuation des déchets.
Une tôle restée enfouie dans la nature se transformera à nouveau en projectile lors du prochain événement cyclonique.
Les nombreux conteneurs atterris dans les endroits les plus improbables devront souvent être découpés en petits morceaux pour être évacués.

Un travail difficile, mais nécessaire.

Déchets près de Club Orient - Debris next to Club Orient

Déchets sur la route du Galion - Debris next to Galion road

La nouvelle route vers l’écosite, à flan de colline - The new road towards the eco-site (ex dump) up on the hill
La nouvelle route vers l’écosite, à flan de colline - The new road towards the eco-site (ex dump) up on the hill

L’urgence faisant loi, une nouvelle route a été construite à flan de colline, au-dessus de la plage de Grandes Cayes et de l’ancienne “route de la décharge”.
Souhaitée depuis de nombreuses années par la Réserve naturelle, cette nouvelle voie offre un accès direct et permanent à l’écosite.
Sa création a été validée par la Collectivité après Irma, à l’initiative de Jean-Pierre Tey, le directeur de l’écosite, du fait de l’impossibilité d’utiliser la route habituelle, creusée jusqu’à la roche ou envahie par le sable.
Le génie de l’armée a encadré sa réalisation, avec l’aide de ses hommes et de son matériel.
Les abords de la plage de Grandes cayes devraient ainsi à terme retrouver un aspect naturel et sauvage, caractéristique de la zone et de son classement en réserve naturelle.

La plage de Grandes Cayes, très étroite avant Irma - Grandes Cayes beach, very narrow before Irma
La plage de Grandes Cayes, très étroite avant Irma - Grandes Cayes beach, very narrow before Irma

L’excellente nouvelle - il y en a au moins une ! - est que la disparition de l’ancienne “route de la décharge” offre l’opportunité de réhabiliter le littoral de Grandes Cayes et de le dédier à l’accueil du public.
Prévu de longue date sur ce site de ponte des tortues marines, ce projet aura finalement vu le jour grâce à Irma.

Que l’on ne remerciera tout de même pas !

La plage de Grandes Cayes, très étroite avant Irma - Grandes Cayes beach, very narrow before Irma

Nouveau chenal au Galion © Alexina Paya
Nouveau chenal au Galion © Alexina Paya

Irma a profondément modifié le rivage, comme on le voit au Galion, où une connexion est apparue naturellement entre les salines d’Orient et la baie de l’Embouchure.
Cette liaison a permis d’évacuer le trop plein d’eau accueillie par les zones humides et permet actuellement un meilleur renouvellement des eaux circulant au sein des deux étangs de la baie, soit des eaux plus claires, moins oxygénées et moins chaudes.
Les conséquences sont a priori très positives pour les espèces animales et végétales, précédemment soumises à d’importants stress en saison sèche.
La pérennisation de ce chenal pourrait grandement améliorer la qualité des étangs de la baie de l’Embouchure et accélérer le processus de reconstitution de sa forêt littorale, véritable nurserie pour les poissons et crustacés.

Nouveau chenal au Galion © Alexina Paya

A new channel at the Galion © Alexina Paya

 

 

Saint-Barth, votre bouée est ici !
Saint-Barth, votre bouée est ici !

La bouée visible et pour le moment statique au large de la plage de Grandes Cayes a dérivé depuis Saint-Barthélemy après que sa chaîne se soit rompue.
Il s’agit en effet d’une bouée de délimitation de la Réserve marine de l’île soeur.

Saint-Barth, votre bouée est ici !

Saint Barth, your buoy is here!

 

Libération d’une tortue à Oyster Pond Release of a turtle in Oyster Pond © Philippe Joly
Libération d’une tortue à Oyster Pond Release of a turtle in Oyster Pond © Philippe Joly

Trois tortues au moins sont venues pondre sur les plages de Saint-Martin depuis le passage d’Irma. Si la houle cyclonique a certainement impacté de manière notable les pontes survenues en juillet et août, les tortues nous signifient ainsi leur volonté de continuer à venir pondre sur nos rivages.
La première a été vue une semaine après le cyclone, sur la plage de Grandes Cayes justement envahie par le sable.
La seconde, venue pondre sur la plage de Coralita, à Oyster Pond, a d’abord été capturée puis ficelée par un individu mal intentionné.
Elle a heureusement pu être relâchée grâce à la mobilisation des riverains et des forces de gendarmerie.
Et une dernière trace a pu être observée sur LE site de ponte numéro 1 à Saint-Martin : Baie Longue.

Et demain...

La vie a repris depuis le passage d’Irma et la Réserve poursuit ses missions habituelles de suivis scientifiques et de surveillance, dans des locaux temporaires à Anse Marcel. Nicolas Maslach, le directeur, prépare les actions que la Réserve envisage en termes de reconquête de la biodiversité. Il les soumettra à l’Agence française de la biodiversité, qui propose une dotation exceptionnelle pour ce type de projets. Événement dramatique, Irma constitue aujourd’hui un nouveau défi pour la Réserve et son équipe, d’ores et déjà a pied d’oeuvre pour le relever et en sortir une nouvelle fois grandie.

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