Favoriser la conservation des récifs coralliens et des espèces associées

Favoriser la conservation des récifs coralliens et des espèces associées

Favoriser la conservation des récifs coralliens et des espèces associées

© Julien Chalifour
© Julien Chalifour

Suivre l’état de santé du milieu marin, et notamment des récifs coralliens et de leurs populations, est une priorité de l’Ifrecor, Initiative française pour les récifs coralliens.

Dans cette optique, une convention entre la Réserve naturelle et l’Ifrecor, via la Direction régionale de l’environnement, va permettre de développer des indicateurs permettant de suivre l’état de santé des communautés récifales, mais également de faire le bilan de l’activité 2018 du “réseau récifs” dans les Antilles françaises. Ces deux missions ont été confiées à Amandine Vaslet, docteur en biologie marine, qui a récemment évalué le premier plan de gestion de la Réserve naturelle et réalisé le second.
Afin de mener ces deux missions à bien, la scientifique s’appuie sur les données des suivis scientifiques des récifs menés par la Réserve en 2017 et 2018 dans le cadre du réseau des réserves et des suivis Reef Check.

L’analyse de ces données permettra de savoir dans quelle mesure les coraux de Saint-Martin ont été impactés par Irma.

Son rapport est attendu en décembre 2018.

BIOHAB2 © Julien Chalifour
BIOHAB2 © Julien Chalifour

Guillaume Montagne, en stage à la Réserve d’avril à août 2018, a présenté oralement les résultats de son stage devant ses professeurs de l’Université de Calais (ULCO), où il vient d’obtenir sa licence pro Gestion des biens et personnes / aléas naturels et gestion de l’espace urbanisé. En charge des phases de planification, de conception puis d’implantation de BIOHAB2, il a suivi l’évolution de cet habitat artificiel mis en place à proximité du site de plongée du Remorqueur, au large de Tintamare. Un mois après l’immersion des structures, une plongée a permis de constater que la diversité et le nombre d’individus par espèce étaient bien supérieurs à ce qui avait été observé sur BIOHAB1, disparu avec l’ouragan Irma. Les données sont en cours d’exploitation, mais Julien Chalifour suspecte que cette abondance est due d’une part à l’ampleur du nouvel aménagement et d’autre part au pouvoir attracteur lié à la proximité du Remorqueur, déjà surcolonisé. Des bancs de gorettes juvéniles se sont appropriés les lieux, aux côtés de juvéniles de poissons chirurgiens, de poissons papillons, de poissons anges, mais aussi de jeunes langoustes royales. Un mois plus tard, une nouvelle plongée a mis en évidence une augmentation de toutes ces populations et l’incorporation de nouvelles espèces. Les premiers succès enregistrés sur BIOHAB2 ont été mis en lumière par IoTV, la chaîne locale, et seront mis à l’honneur au sein d’une édition de Thalassa dédiée à Saint-Martin et au changement climatique, au début de l’année prochaine (voir article page 6).

Requin dans un récif corallien – Shark in a coral reef © Franck Mazéas
Requin dans un récif corallien – Shark in a coral reef © Franck Mazéas

Du 15 au 17 octobre 2018 au Ministère des outre-mer, Nicolas Maslach, directeur de la Réserve naturelle de Saint-Martin, a participé au comité permanent de l’IFRECOR, l’Initiative française pour les récifs coralliens. Site par site, les études menées sur les fonds marins de l’outre-mer français ont été exposées. Ce bilan a précédé une réflexion sur les stratégies à poursuivre ou à mettre en place pour la conservation des récifs, des herbiers et des mangroves dans les années à venir. Également, différentes méthodes de travail ont été proposées face aux projets d’aménagement menaçant les espaces naturels et ont donné naissance à la méthode MERCI, pour Éviter, Réduire et Compenser. Soit, dans un premier temps, tenter d’éviter l’aménagement, puis, s’il a finalement lieu, agir pour réduire les conséquences sur les milieux marins, et enfin imposer à l’aménageur une obligation de compenser les impacts attendus en finançant notamment des travaux d’ingénierie écologique.

Interview de Nicolas Maslach – Nicolas Maslach interviewed © Chris Joe
Interview de Nicolas Maslach – Nicolas Maslach interviewed © Chris Joe

Du 8 au 11 octobre, la Réserve a rencontré une équipe de l’émission Thalassa, venue réaliser un reportage sur l’évolution de l’île sous l’aspect du logement et de la vie quotidienne, mais aussi de l’environnement. L’impact sur la faune et la flore a été évoqué, ainsi que le redémarrage des écosystèmes et les actions menées pour l’accompagner. Le projet d’habitat artificiel BIOHAB2, celui de bouturage corallien, mais également la création de pépinières destinées à revégétaliser le littoral côtier ont particulièrement intéressé Thalassa, ainsi que le programme “Aire marine éducative”, destiné à sensibiliser les plus jeunes (voir article page 22). L’équipe de journalistes reviendra terminer ce reportage en janvier 2019, afin de suivre l’évolution des projets.

Un quart à un tiers de la mangrove mise à mal par Irma repart. Les récentes fortes pluies ont permis de voir le niveau de l’eau remonter dans les étangs asséchés et ainsi favoriser la croissance des jeunes pousses de palétuviers.
Mérou de Nassau © Julien Chalifour
Mérou de Nassau © Julien Chalifour

Le programme européen LIFE dispose de 3 milliards d’euros pour soutenir les projets en faveur de l’environnement et du climat entre 2014 et 2020. LIFE ayant ciblé cette année les espèces à statut de conservation inquiétant, la Réserve naturelle a présenté un dossier ambitionnant la mise en oeuvre de travaux pour la restauration de deux espèces de mérous. Il s’agit du mérou de Nassau, atteignant rarement sa taille adulte car surpêché, et du mérou géant, que l’on a pu observer localement de manière anecdotique, une fois tous les deux ou trois ans. Appréciés des plongeurs en raison de leur curiosité à leur égard, ces mérous sont des prédateurs supérieurs importants écologiquement - ils pourraient notamment réguler la présence du poisson-lion - mais aussi économiquement à plus long terme, pour la finesse de leur chair. Ce dossier fait l’objet d’une collaboration internationale, avec la Martinique, la Barbade, la Floride et la France métropolitaine, et fait partie d’un programme global proposé par l’outremer français, coordonné par la Ligue pour la Protection des Oiseaux, qui n’est pas sectaire. Le dossier constitué par la Réserve s’articule sur plusieurs projets, l’objectif final étant d’aboutir à une gestion durable de ces populations :

  •   Réalisation d’un bilan socioéconomique sur la place de ces espèces à Saint-Martin en matière d’écologie, de consommation et de tradition.
  •   Suivi de l’état des populations encore présentes. • Sensibilisation du public en général et des scolaires en particulier.
  •   Suivis expérimentaux afin d’étudier le recrutement de ces deux espèces, sachant que les larves de mérous migrent plusieurs mois sur des centaines de miles, au bon vouloir des courants, avant que les post-larves de jeunes mérous s’installent sur les récifs.
  •   L’étude d’une possible évolution réglementaire concernant ces espèces. Plus de 200 000 euros ont été alloués à la Réserve sur la période 2018 - 2023. Ce budget va permettre à la Réserve de financer la venue de spécialistes pour réaliser les diagnostics et former les agents. Un chef de projet sera prochainement recruté : il se partagera entre la projet LIFE et le projet AFB en faveur des tortues marines (voir article page 24).
© Julien Chalifour
© Julien Chalifour

Comme chaque année depuis 2007, le suivi scientifique annuel des récifs et herbiers a eu lieu, en mars 2018.

L’objectif est de documenter l’évolution des fonds marins, Comme d’habitude également, un garde de la réserve naturelle de Petite-Terre et un autre de l’Agence territoriale de l’environnement de Saint-Barth étaient présents, afin d’aider l’équipe de Saint-Martin à collecter les données sous l’eau, sur les sites du Rocher Créole, de Pinel et de Tintamare et, hors de la Réserve, sur le site de Fish Pot, dans le canal d’Anguilla. L’espace marin apparaît moins touché que l’espace terrestre, avec tout de même des zones coralliennes très impactées. Toutefois, si l’impact physique semble avoir été limité sur les récifs et les herbiers, les importants déplacements de sédiments consécutifs à Irma continuent de leur nuire. Ainsi que les rejets d’eaux usées non traitées.

Lancement de BioHab2 - BioHab2 launched
Lancement de BioHab2 - BioHab2 launched

Dans notre dernière édition, nous annoncions qu’il ne restait qu’une vingtaine de parpaings sur les quelques 300 utilisés par la Réserve pour construire les neuf structures des habitats artificiels “BioHab” implantés dans la réserve, après le passage d’Irma.
Le projet n’est pas abandonné pour autant, puisque la Réserve met en place BioHab 2, avec le soutien financier de l’Agence Française de la Biodiversité et la Fondation Veolia, mais cette fois sur deux sites de la réserve.
Plus d’une dizaine d’habitats artificiels ont été réalisés par l’équipe de la Réserve. Si les solutions techniques déjà éprouvées ont été une nouvelle fois utilisées, l’enjeu est cette fois de faire également appel à des matériaux recyclés. Ces habitats artificiels ont pour vocation de proposer un milieu constitué d’une multitude de cachettes, pour être colonisés par les nombreuses espèces qui s’étaient rapidement appropriées l’aire du premier projet.

Ainsi certain débris d’Irma ont une deuxième vie et contribuent à la reconquête de la biodiversité sous-marine.

Les phases de planification, de conception puis d’implantation de BIOHAB2 ont été confiées à Guillaume Montagne, en stage à la Réserve pour quatre mois, d’avril à août 2018, sous la tutelle de Julien Chalifour. Déjà titulaire d’un DTSM Intechmer et d’un DEUST, cet étudiant de 23 ans - également pilote professionnel de drone - est actuellement en dernière année de licence pro Gestion des biens et personnes / aléas naturels et gestion de l’espace urbanisé de l’Université de Calais (ULCO).

Guillaume Montagne

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