Favoriser la conservation des herbiers de phanérogames marines et des espèces associées

Favoriser la conservation des herbiers de phanérogames marines et des espèces associées

Favoriser la conservation des herbiers de phanérogames marines et des espèces associées

Algues vertes dans l’herbier – Green algae in the seagrass © Julien Chalifour
Algues vertes dans l’herbier – Green algae in the seagrass © Julien Chalifour

Organisé chaque année depuis 2008, le suivi Reef Check a eu lieu cette année du 17 au 19 septembre, au large du Galion, de Caye Verte, de l’îlet Pinel et du Rocher Créole. Deux bénévoles, Théo Feger et Guillaume - de Jorakhae Free Diving School - se sont joints à l’équipe de la Réserve. Les données sont en cours de traitement mais, un an après le cyclone Irma, l’observation a mis en évidence la présence importante d’algues filamenteuses vertes, posées sur les récifs et les herbiers, mais aussi échouées sur les plages, comme à Pinel. Ces algues sont habituellement présentes dans ces milieux, mais avec un développement saisonnier et en bien moindre quantité. Leur abondance cette année est un marqueur d’une pollution organique côtière, les stations d’épuration n’étant qu’à 50% de leur capacité de traitement, selon un communiqué de presse de l’EEASM paru en octobre 2018. Leur prolifération habituellement favorisée par les fortes pluies, dont les eaux de ruissellement se chargent en matières organiques et en nutriments, ont cette année bénéficié de rejets non-épurés. Conséquemment, le lessivage des sols et les pollutions côtières enrichissent le milieu côtier, au bénéfice des algues, mais au détriment des coraux qu’elles étouffent. La mauvaise qualité des eaux côtières représente la première cause de dégradation de la biodiversité marine à Saint-Martin.

© Julien Chalifour
© Julien Chalifour

Depuis 2007, la Réserve naturelle poursuit son suivi scientifique annuel des récifs et herbiers, qui s’est déroulé cette année du 24 au 26 septembre, avec le concours de Jonas Hochart, de l’Agence territoriale de l’environnement de Saint-Barth. Il était venu aider l’équipe de Saint-Martin à documenter l’évolution de l’état des communautés coraliennes et d’herbiers, sur les trois stations de récifs - Chico, rocher Pélican et Fish Pot, site situé hors de la Réserve - et sur les trois stations d’herbiers - Rocher Créole, Pinel et Grand-Case, ce dernier site également hors de la Réserve. Les données sont en cours de traitement, mais les plongeurs ont pu constater un retour des éponges, qui avaient fortement régressé après le cyclone Irma. Ils n’ont également pas noté la présence excessive de colonies coraliennes fraîchement mortes conséquemment à Irma. Ils ont en revanche observé des algues vertes, ainsi que le retour de macro algues molles, qui avaient fortement régressé sous l’effet des houles successives. Ces algues entrent en compétition pour l’espace et la lumière avec les coraux et ont vraisemblablement bénéficié des rejets en mer d’eaux usées.

Dans le cadre de ce compagnonnage sous-marin entre réserves, Julien Chalifour est allé prêté main-forte à Saint-Barth dans un contexte identique, mais cette fois sur les stations récifales de l’îlet le Boeuf et du sec de Colombier. Il a également participé à l’implantation d’une nouvelle station d’herbiers à Petit-Cul-de-Sac, la station historique de l’anse de Marigot ayant disparu en raison de défrichements privés, qui ont provoqué le lessivage des sols puis l’étouffement des herbiers. La participation au suivi organisé au sein de la Réserve guadeloupéenne de Petite Terre a également pu être réalisée dans la foulée.
Une raie dans l’herbier - A ray in the seagrass © Julien Chalifour
Une raie dans l’herbier - A ray in the seagrass © Julien Chalifour

Un an après sa première mission dans les eaux de Saint-Martin, Fanny Kerninon était en mai dernier de retour sur notre île. Avec les agents de la Réserve, elle a plongé sur quatre stations d’herbiers : à Grand- Case, au Rocher Créole, au Galion et à Tintamare. En thèse à l’université de Bretagne occidentale et en collaboration avec l’IFRECOR pour qui elle coordonne l’observatoire des herbiers de l’Outre-mer français, la jeune femme plonge sur les fonds marins tropicaux du monde entier, de la Caraïbe à l’Océan Indien. Elle a pour objectif de produire une boîte à outils “suivi des herbiers” et des indicateurs qui permettront aux gestionnaires de suivre l’état de santé de “leurs” herbiers, très différents les uns des autres. L’enjeu pour Fanny est ainsi de développer des outils standards communs utilisables par tous, sur tous les types d’herbiers. Cette scientifique a représenté l’Outre-mer français à l’occasion de la World Seagrass Conference, du 11 au 17 juin 2018 à Singapour.

Le saviez-vous?

Saint-Martin est l’un des premiers sites ultramarins pour lesquels un suivi des herbiers a été mis en place, il y a déjà dix ans. La Réserve naturelle en est l’un des initiateurs et ce suivi collaboratif est considéré comme très complet par les scientifiques qui le connaissent.

Une tortue verte sur Halophila - Green turtle on Halophila © Julien Chalifour
Une tortue verte sur Halophila - Green turtle on Halophila © Julien Chalifour

L’équipe de scientifiques américains de l’Université de Floride (FIU), dont le Docteur Jeremy Kizska, ont été à nouveau accueillis par la Réserve à l’occasion de leur troisième mission. Du 18 au 22 juin 2018, à baie blanche à Tintamare, les tortues vertes ont fait l’objet de recherches consistant à mieux connaître les relations qu’elles entretiennent avec les herbiers, actuellement colonisés par Halophila stipulacea. Cette espèce invasive a été introduite par l’intermédiaire des ancres et des eaux de ballastes de bateaux et grignote peu à peu de l’espace dans l’herbier sous-marin, où elle entre en compétition avec les espèces natives : Syringodium et Thalassia. Ils ont observé la localisation des reptiles sous-marins au fur et à mesure de la journée, mais aussi leur activité et tenté d’identifier quelles algues figuraient à leur menu. Cette étude va aussi permettre d’estimer la population de tortues fréquentant l’herbier de baie Blanche et si elle a été impactée par Irma. La seule donnée dont la Réserve disposait jusqu’alors était le fait de ne pas avoir trouvé de cadavre d’animal. Les premiers résultats dont l’analyse fine reste à effectuer, semblent traduire un bouleversement des habitudes des tortues vertes en Guadeloupe comme à Saint-Martin, des suites d’Irma et des autres évènements météorologiques subis fin 2017. Cette étude devait également être l’occasion de réaliser des prélèvements de peau pour ouvrir la voie à une première étude locale sur la fibropapillomatose, cet herpès virus qui touchent certaines tortues dans le monde entier, avec des facteurs déclencheurs du risque de la maladie que l’on commence à connaître.

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